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« Les farces et attrapes du bio industriel » ? (le Canard Enchaîné)

03 Sep 2012

Sous le titre « Les farces et attrapes du « bio » industriel accommodé à toutes les sauces » (republié par Résistance Inventerre), Le Canard Enchaîné du 22 aout 2012 dénonce le faux bio, faisant un amalgame entre les fraudes caractérisées et ce qu’il nomme  « les dérives » autorisées par la règlementation européenne. Débat de fait sur ce qu’est le mode de production bio au fond…

 

Les fraudes faciles à dénoncer, moins faciles à contrôler

Le Canard Enchaîné dénonce à juste titre le trafic de faux bio, découvert ces derniers mois, organisé en Italie par des « margoulins, soupçonnés d’être liés à la mafia ».

Mais il va plus loin : « Les tenants français de l’agriculture biologique font valoir que leur filière est archicontrôlée. » Les organismes certificateurs, « ces gendarmes du bio épluchent les dossiers de candidature et renouvellent, ou pas, les licences octroyées pour un an. (…) la Répression des fraudes intervient en deuxième ligne, sur les étals. Ou plutôt sur le papier, car elle n’a pas de troupes suffisantes pour veiller au grain »

Le Canard Enchaîné ne dit rien d’une autre difficulté de fond concernant le contrôle des marchandises bios : Généralement, rien ne permet de distinguer la teneur intrinsèque de la marchandise bio de celle de la marchandise conventionnelle…

 

Haro sur le nouveau règlement européen et sur le bio industriel

Mais pour le Canard Enchaîné, « la vraie menace qui pèse sur le bio, ce n’est pas la fraude mais une entourloupe parfaitement légale, et même encouragée par l’Europe : le bio « industriel ». Un oxymore inventé par des puissantes coopératives agricoles liées aux géants de l’agroalimentaire. Une nouvelle réglementation, pondue par Bruxelles, a rendu possible cette dérive. »

Et Le Canard Enchaîné de dénoncer le poulet bio industriel et la production de légumes bio en serre : « Grâce à l’Europe, on peut produire [du bio] hors-sol dans des serres géantes.(…) Au lieu de plonger les racines dans le gravier ou de la laine minérale, on utilise du sable, isolé du sol par une enveloppe en plastique, le tout irrigué au goutte-à-goutte. Et rebelote : aucune différence de logo entre une tomate bio cultivée en plein champ par un producteur local et une autre élevée hors-sol et hors saison.  C’est bio comme l’antique ! »

 

 

Le débat de fond

Sans surprise, cet article du Canard Enchaîné est très sarcastique.

Sur le fond, Le Canard Enchaîné prend clairement parti pour les tenants français du bio traditionnel, qui considèrent que la nouvelle réglementation européenne est trop laxiste. Ce débat, interne à la filière bio, est important : de son issue dépend la possibilité, ou non, pour le bio de sortir d’une certaine marginalité économique.

En caricaturant : Le bio doit-il être intégriste, franco-français et marginal ? ou bien doit-il s’adapter, faire l’objet d’une définition internationale, et trouver sa place économique dans un monde  globalisé ?

En dénonçant de façon véhémente le « bio industriel », ces tenants français du bio traditionnel courent le risque non seulement de bloquer le développement économique du bio ; mais aussi de nuire à l’image positive de toutes les filières bios dans le public.