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« Le trafic des pesticides interdits est en plein boom » (Reporterre)

20 Mar 2014

Sous ce titre, Reporterre, site environnementaliste, dresse un tableau délibérément tout en noir. Résumé en chapeau de l’article : « Les fraises sont bourrées de pesticides interdits de longue date. On trouve aussi de ces poisons dans les carottes, radis, abricots, selon un rapport officiel passé inaperçu. Un véritable trafic de ces pesticides est en place, et se développe continuement. L’administration n’a plus les moyens de l’enrayer. » Qu’en est-il ?

« Semaine sans pesticides » oblige, l’article est repris sous des formes variées par de nombreux médias environnementalistes. Voir par exemple : Bioalaune, Altermonde sans frontières.

Reporterre, s’appuyant sur les communications de Générations Futures, offre une vue biaisée de plusieurs informations.

Il « oublie » délibérément que :

Les plans de contrôle sont ciblés. Les chiffres relativement élevés de non-conformités sont d’abord le résultat d’un ciblage efficace de la part de l’administration. Lorsque les prélèvements sont effectués au hasard (dans ce qu’on appelle les plans de surveillance), les non-conformités sont de l’ordre de 2%.

L’attitude de Reporterre revient à juger de la difficulté des français pour maîtriser l’usage des smartphones par sondage dans une maison de retraite.

L’utilisation de plants importés est autorisée. Dans de nombreux cas, l’utilisation de plants importés explique la présence, à des taux très bas, à l’état de trace, de pesticides interdits en France, voire dans l’ensemble de l’UE. C’est en particulier le cas de l’endosulfan, substance très rémanente.

Les distorsions entre Etats Membres. Le règlement 1107/2009 affirme le principe de l’harmonisation de la réglementation phytosanitaire européenne, mais les réglementations nationales sont encore très différentes entre Etats Membres. Au total la réglementation phytosanitaire est illisible et illégitime : comment expliquer à un producteur qu’il ne peut pas utiliser un produit autorisé à quelques dizaines de kms de chez lui ?

Les contrôles internes à la filière ou liés aux certifications. Certes les pouvoirs publics exercent moins directement des contrôles. Mais, au total, les producteurs et leurs organisations sont beaucoup plus suivis et contrôlés qu’il y a par exemple 20 ans : auto-contrôles, signes de qualité, certifications, analyses par les clients…

De moins en moins de résidus dans l’alimentation. Les performances des laboratoires s’améliorant, plus on avance, plus on est certain que les laboratoires  retrouveront la moindre trace des produits utilisés. Mais les produits utilisés sont de moins en moins rémanents et laissent de moins en moins de résidus.
Les usages orphelins. Les pouvoirs publics ne donnant pas les moyens aux producteurs de protéger leurs cultures, les producteurs sont parfois tentés d’utiliser des pesticides autorisés sur une culture voisine ou sur la même culture dans un Etat Membre voisin. C’est quelquefois l’existence même de la culture qui est en jeu.

Les résidus de pesticides ne sont pas des « poisons ». Les niveaux de résidus retrouvés sont très loin des niveaux pour lesquels il y aurait le moindre risque pour le consommateur. Le risque des pesticides, lorsqu’il existe, concerne l’environnement et l’applicateur.

Les pesticides sont utiles. Les producteurs n’utilisent pas des pesticides par plaisir. Les moyens agronomiques, préventifs ou alternatifs sont quelquefois insuffisants. Les ravageurs des cultures peuvent faire des dégâts importants. Les producteurs ont le devoir et la fierté de protéger leurs cultures.

La réalité ce sont des producteurs coincés entre les distorsions intra-européennes en matière de réglementation, les usages orphelins et la concurrence des pays hors-UE, des producteurs étranglés par une réglementation française tatillonne et refusant d’accorder simplement des autorisations déjà délivrées dans des Etats Membres voisins.
Il ne s’agit pas pour la filière de justifier des trafics transfrontaliers, ou pire l’utilisation de produits contrefaits. Ce sont des pratiques certes marginales, mais inexcusables.
Mais la situation est très loin d’être celle décrite par Reporterre.