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Les premières années du plan Ecophyto : un échec ? vraiment ?

09 Jan 2015

A écouter ou lire les médias ces derniers temps, le plan Ecophyto issu du Grenelle de l’environnement est un échec : les pesticides sont toujours plus utilisés et le gouvernement demande à Dominique Potier, député, de faire un nouveau plan pour pallier aux carences du précédent. Qu’en est-il ?

Le ministère de l’agriculture dans la Note de suivi Ecophyto 2014 publiée sur son site fait une analyse détaillée de l’évolution de l’utilisation des produits phytosanitaires de 2008 à 2013. Il explique par exemple toutes les actions mises en place dans le cadre d’Ecophyto ou encore l’augmentation de l’utilisation des fongicides en 2013 due circonstances climatiques.
Mais, restant fixé sur des critères quantitatifs depuis 2008, ne tenant pas compte des évolutions précédentes, ni de l’évolution du profil des substances utilisées, ni de critères d’impact, il constate une augmentation, en particulier entre 2012 et 2013.
A la fin de cette note de suivi, le ministère note toutefois la baisse importante du recours à des produits de profil défavorable et l’augmentation du recours aux produits de biocontrôle.
Il faut noter une digression finale hors de propos sur les résidus dans l’alimentation : alors qu’aucune DJA (dose journalière admissible) n’est dépassée, le rapport s’appesantit sur une légère augmentation de l’AJE (apport journalier estimé) qui n’a aucune signification toxicologique et qui est sans doute le simple résultat d’une meilleure performance des laboratoires…

Le bilan d’Ecophyto dans les médias

Les médias n’ont retenu de cet exercice qu’un seul constat : l’échec du premier plan Ecophyto. Par exemple : « Malgré les alertes, le recours aux pesticides ne cesse d’augmenter » pour Le Monde (abonnés). Ou « Constat d’échec pour le plan Ecophyto » pour Good Planet. « Les pesticides font toujours de la résistance » pour La Croix.

Générations Futures, ONG anti-pesticides par principe, titre « Ecophyto : les chiffres montrent une augmentation de la dépendance de notre agriculture aux pesticides » et « appelle le gouvernement à fixer des objectifs de réduction obligatoire par culture ».

Le point de vue des producteurs

Sur quelques points, le plan Ecophyto est effectivement un échec.
– En fixant les indicateurs de volume (« NODU » et « IFT ») comme objectifs prioritaires, voire quasi-uniques, l’échec était par avance assuré. Ces indicateurs ne sont en rien significatifs, ni des efforts des producteurs, ni de la réduction des impacts sur l’environnement et la santé.
En se focalisant sur la réduction des pesticides en volume, le plan Ecophyto instille l’idée que tous les pesticides et tous leurs utilisateurs sont « mauvais ». Oubliant que les pesticides, conventionnels ou bios, sont indispensables à une production en quantité, de qualité et abordable pour le consommateur.
– Avec deux conséquences majeures pour le plan Ecophyto : ne pas emporter la complète adhésion des producteurs, et dresser un mur d’incompréhension entre producteurs et citoyens.

Mais le plan Ecophyto est aussi un succès.
De nombreuses actions du plan Ecophyto sont reconnues par les producteurs et ont été mises en place rapidement : amélioration des matériels, du local phyto et du poste de remplissage, formations Certiphyto, outils pour la sécurité de l’applicateur, développement des outils de protection intégrée des cultures, développement du biocontrôle. Tous ces points sont d’ailleurs développés dans le rapport de Dominique Potier pour Ecophyto V2 (voir ici sur ForumPhyto)
– Le plan Ecophyto a indéniablement été un facteur de mobilisation des producteurs et de leurs conseillers pour un approfondissement de l’application de la protection intégrée.
– Ces succès ne font  d’ailleurs que prolonger les évolutions engagées depuis plus de 40 ans avec l’amélioration des connaissances agronomiques, le niveau croissant de formation des agriculteurs, l’amélioration des produits et des matériels, etc.
– Le plan Ecophyto a entraîné une prise de conscience chez les producteurs de la nécessité de mieux faire connaître leurs pratiques.