Divers, Veille sociétale

INRA et abeilles : approximation et partialité

10 Oct 2011

Un syrphe... et non pas une abeille

« Cocktails dangereux pour les abeilles » est le titre d’un article d’INRA Magazine n°18 d’octobre 2011.
Peut-être faudrait-il ranger cet article dans la rubrique « approximation et sacrifice à l’air du temps » plutôt que dans celle de la rigueur scientifique…

Approximation : l’illustration de cet article (voir ci-contre) n’est PAS une abeille, mais un syrphe, de la famille des diptères, dont les larves sont des grands consommateurs de pucerons et donc allié naturel de l’agriculteur. C’est un peu comme confondre un cochon et une vache…
Il n’est pas sûr qu’A Schonbach, la rédactrice de cet article, soit responsable de cette bévue, tant il est vrai que les illustrateurs prennent souvent des libertés.

Partialité : Tout en privilégiant « l’hypothèse d’une interaction entre plusieurs sources de stress », l’article met un accent fort sur des « insecticides systémiques de types imidaclopride, fipronil ou thiaclopride ». En conclusion, l’INRA annonce la publication prochaine d’une « étude consacrée aux effets des toxicités aiguë et chronique de 25molécules. » Nulle part,  il n’est fait mention d’une étude approfondie sur Nosema ceranae qui tue quand même une abeille sur deux (ce qui est bien indiqué dans l’article), qui supprime les défenses immunitaires des abeilles, influence la survie des reines et est présent partout en France sauf chez quelques apiculteurs plus précautionneux.
Nulle part, il n’est fait mention non plus des interactions possibles avec les insecticides ou acaricides utilisés dans les ruches, ou avec les autres problèmes pratiques qui peuvent être rencontrés par les abeilles. Par exemple, l’accès à des plantes mellifères.

On peut retrouver ce même esprit de sacrifice à l’air du temps dans l’article sur les nitrates dans le même numéro…

Dommage, car d’autres articles du même INRA Magazine ont un intérêt certain :
– Gérer le manque d’eau en agriculture
– Bientôt des vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium

Télécharger lintégralité du n° 18 d’INRA Magazine sur le site de l’INRA.

Sous le titre « Le déclin des abeilles une nouvelle fois « en voie d’élucidation » », Agriculture et Environnement montre en quoi l’étude mentionnée dans l’article d’INRA Magazine n’apporte en fait pas de nouvelles explications… et met en évidence que le facteur premier de mortalité des abeilles est Nosema ceranae.

La Commission agricole du Parlement européen ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Voir  « Santé des abeilles : Leur survie passe par la nouvelle Pac », article de la France Agricole. Pour la santé des abeilles, les parlementaires fixent fort justement les priorités suivantes :

– « La recherche sur la prévention et le contrôle des maladies des abeilles« ,

– L’encouragement de « l’industrie pharmaceutique à développer de nouveaux médicaments pour les abeilles« ,

– « La formation des agriculteurs, avec des programmes axés sur les effets des « agents toxiques » de l’environnement, « tels que les pesticides », et sur l’utilisation de produits phytopharmaceutiques respectueux des abeilles »,

La formation « des apiculteurs et des vétérinaires » en ce qui concerne la prévention et le contrôle des maladies.

– Une recherche objective sur les répercussions négatives potentielles de cultures d’organismes génétiquement modifiés sur la santé des abeilles »

– « Eviter l’introduction de maladies exotiques des abeilles » via des produits importés.

On est loin du simple procès à charge contre les pesticides mené par l’article de l’INRA.