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La Task Force de l’UICN fait-elle, ou non, de la science militante ? (Suite)

05 Mar 2015

1404Abeilles Dans un précédent article, nous faisions mention du débat autour d’une publication de l’UICN[1] de 2014 qui émettait l’hypothèse que les néonicotinoïdes présentent un risque important pour l’ensemble de la biodiversité. Le présent article fait le point sur les éléments nouveaux.

Après ses deux premiers articles que nous mentionnions, sous le titre «  La piqûre de l’abeille : Les scientifiques militants et l’abus de pouvoir (in English) », the Risk Monger montre dans le détail comment « les scientifiques militants ont fait leur chemin comme un ver dans le fruit (« wormed their way ») des instances para-gouvernementales et dans les groupes de travail pour influencer les décisions ». Il ajoute que, question conflit d’intérêt, les scientifiques militants sont comme la poêle qui se moque du chaudron. Quant à déclarer ces conflilts d’intérêt, c’est encore pire. Concernant le groupe de travail de l’EFSA[2] sur les abeilles, il cite les cas de Gérard Arnold, ayant travaillé Apimondia, une ONG de lobbying d’apiculteurs  mais ne l’ayant jamais déclaré. Idem pour Fabio Sgolastra qui a travaillé avec Api-Organica et PAN[3]  D’autres ne sont pas vraiment compétents dans le domaine.
Il cite également le cas de Matthias Liess qui est membre d’un groupe de travail plus large de l’EFSA sur les pesticides et leurs résidus et qui a omis de signaler son implication dans la taskforce de l’UICN.
En conclusion, écrit-il, « ²L’EFSA a créé elle-même les conditions pour se restreindre dans l’accès à une expertise crédible, créant un environnement convenant aux scientifiques militants (…) Il est triste constater que l’Observatoire Européen du « Corporate » (CEO) passe au peigne fin les déclarations d’intérêt pour dénoncer et expulser toute personne ayant reçu des fonds de l’industrie dans les 10 dernières années, mais s’il trouve un militant il lui font juste un bonjour ou un clin d’œil. »

Sur le Financial Post, sous le titre « abeilles, interdiction et désordre : Comment une campagne anti-pesticides peut induire en erreur », un apiculteur canadien, ancien responsable d’une organisation professionnels d’apiculteurs, dénonce la campagne anti-néonicotinoïdes. De même, l’association des apiculteurs de l’Alberta s’estime satisfaite de pouvoir faire butiner les abeilles sur du colza OGM traité avec des néonicotinoïdes…
Dave Baute, un agriculteur utilisateur de néonicotinoïdes, se défend d’être « un méchant industriel ennemi des abeilles ayant la volonté de détruire l’environnement dans la peau ». Soulignant qu’il a besoin, en tant qu’agriculteur, des pollinisateurs, il avertit : « une interdiction des néonicotinoïdes signifierait le retour aux anciennes pulvérisations avec des insecticides granulés plus dangereux pour l’environnement et les producteurs qui les utilisent. »

Dans un article de critique de l’étude de l’UICN (in English), Randy Oliver, biologiste, sur son site ScientificBeekeeping.com (« apiculture scientifique ») souligne qu’il n’est pas « un partisan des insecticides » et qu’il est « parfaitement informé de leurs conséquences négatives sur les colonies ». « Je suis », dit-il, « un fervent soutien de la bonne science. Cela me trouble profondément lorsque des bêtises comme les papiers de Lu (l’étude de l’UICN, ndlr) devienne les chouchous des groupes militants pour appuyer leurs demandes erronées d’interdire complètement un pesticide particulier, plutôt que de trouver les causes réelles des pertes de colonies ». Il considère également de façon très argumentée que l’étude de l’UICN « est typiquement un cas où « on peint la cible autour de la flèche (the bullseye around the arrow),  », c’est-à-dire où vous décidez d’abord du résultat que vous voulez « prouver », et ensuite vous formatez « l’étude » qui soutiendra votre opinion biaisée »

Bref: exactement les mêmes reproches que ceux de The Risk Monger (ici) et de nombreux autres…

Sur un autre sujet, Florence Aubenas, le 18 décembre 2014, dans l’émission « La Grande Librairie » sur France 5, déclarait « Quand les réponses précédent les questions ce n’est pas du bon journalisme ».(Citation relevée par @MyriiiamR sur Twitter).
Il en est de même de la science…

Post Scriptum :
En France, Joel Labbé, sénateur EELV, s’appuyant en partie sur l’étude de la Task Force l’UICN, a demandé au Sénat d’adopter une résolution visant « à inviter le gouvernement français à agir auprès de l’Union européenne pour obtenir un moratoire européen sur l’ensemble des pesticides néonicotinoïdes tant que les risques graves sur l’environnement et la santé humaine ne seront pas écartés. » Le Sénat a rejeté sa demande entraînant un coup de gueule de Joel Labbé, qui a enlevé de dépit sa cravate règlementaire (voir ici sur Public Sénat)… Est-ce ainsi qu’il entend le débat démocratique ? On pourrait en sourire si tout cela ne tournait pas autour d’une étude biaisée.

1503MainCausesBeesMortality

Principales causes de mortalité des colonies d’abeilles selon les apiculteurs (source Union Européenne). Cliquez une fois sur l’image pour agrandir.

 


[1] Union Internationale de Conservation de la Nature
[2] European Food Safety Agency, agence européenne de sécurité des aliments
[3] Pesticide Action Network