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Pyréthrinoïdes et développement intellectuel de l’enfant : regard critique

11 Jun 2015

Un communiqué de presse de l’INSERM sur un possible lien négatif entre exposition aux pyréthrinoïdes (une classe d’insecticides) et développement intellectuel des enfants fait le buzz dans les médias et les réseaux sociaux. Cette nième étude à charge contre les pesticides vient de l’INSERM, organisation réputée pour son sérieux. Qu’en est-il ?

Certains articles gardent une certaine prudence : emploi du conditionnel, mention des faiblesses signalées par les auteurs même de l’étude. Par exemple, Le Progrès, sous le titre « Une classe d’insecticides pourrait affecter le développement intellectuel des enfants ».
La plupart des médias ne s’embarrassent par contre pas de ces « détails ». Par exemple e-sante.fr ou sciences et avenir.

Regard critique

Plusieurs points méritent d’être soulignés

– L’exposition a été évaluée à partir du taux dans l’urine. Du fait que les pyréthrinoïdes se dégradent rapidement dans le corps et qu’ils sont évacués (d’où leur présence dans le urines), les doses mesurées permettent seulement d’évaluer des expositions à court terme. Une extrapolation sur le long terme est forcément aléatoire.

– Les différences cognitives mentionnées sont présentées comme importantes dans la plupart des articles de presse. En fait, l’effet est du même ordre de grandeur que celui de la pratique du sport ou de l’emploi de la télévision.

Les auteurs de l’étude disent eux-mêmes ne pas avoir « de mécanisme d’action à proposer aujourd’hui » pour expliquer le lien négatif entre exposition aux pyréthrinoïdes et capacités cognitives.

– Mais surtout, le communiqué de presse de l’INSERM mentionne des corrélations négatives entre capacités cognitives et les taux de deux métabolites, mais pas pour trois autres. Et indique des corrélations négatives en ce qui concerne les expositions post-natales, mais pas pour les pré-natales (Il y a même un effet positif non-significatif).
Ces points, liés à l’absence de mécanismes explicatifs connus, font fortement penser (mais bien sûr sans certitude) à des corrélations fortuites. Voir ici et ici sur ForumPhyto

Les risques de la peur

Dans le climat actuel, que ce soit dans les revues scientifiques, dans les médias grand public ou dans les réseaux sociaux, n’importe quelle étude, scientifique ou non, quelle que soit sa valeur, est amplifiée et circule à très grande vitesse dès qu’elle mentionne un effet adverse des pesticides, même simplement supputé.
Tout ceci pourrait presque porter à sourire s’il n’y avait pas deux risques à une telle inflation :

Déconsidérer injustement des substances qui sont utiles à l’ensemble de la société. Il faut certes prendre en compte les risques (réels, mais il ne faut pas les surestimer) mais aussi les bénéfices. Par exemple, pour ce qui concerne les pyréthrinoïdes, il ne faut quand même pas oublier qu’ils sont un des outils contre les poux…

Le syndrome de l’enfant qui crie au loup. C’est très bien expliqué par Bjorn Lomborg dans son livre L’écologiste sceptique : les écologistes alarmistes n’arrêtent de crier à la catastrophe, y compris sur des aspects non vérifiés, ou secondaires. C’est une véritable « litanie » selon son expression. Tout le monde finit par s’habituer à les entendre et à déprimer, mais à regarder ces alarmes d’un oeil lointain. Le risque réel est alors qu’une alarme sérieuse, fondée et majeure, passe inaperçue.