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Glyphosate : risques, désinformation, postures politiciennes, théatre d’ombre…

24 Jun 2016

Depuis un an, les attaques contre le glyphosate prennent une forme faussement scientifique. Personne ne croit sérieusement au risque sanitaire que ferait courir le glyphosate. C’est bien le « modèle d’agriculture », selon l’expression consacrée, qui est en jeu. Or depuis quelques jours, dans les médias et sur les réseaux sociaux, le débat européen sur le glyphosate apparait enfin pour ce qu’il est : un débat politique. Quelques exemples.

A tout seigneur tout honneur, commençons par Le Monde qui semble confirmer ainsi son retour à des analyses moins militantes. Nicolas-Jean Brehon, professeur à l’Institut des hautes études de droit rural et d’économie agricole y signe « Glyphosate : « Et si tout n’était qu’un théâtre d’ombre ? » ». Il analyse tout d’abord la question du rapport de force entre ministres de l’agriculture et ceux de l’environnement. NJ Brehon remarque ainsi : « En politique, le poids ne se mesure pas en termes d’élus, ni même de voix, mais en médiatisation et en capacité de nuisance. Et à ce jeu, les écologistes sont assez bons »
Il analyse ensuite le jeu de cache-cache entre Etats Membres et Commission Européenne et conclut ainsi « [Une autorisation unilatérale par la Commission Européenne] arrangerait quelques Etats qui feignent le refus mais espèrent sans le dire que l’autorisation soit donnée sans en apparaître les complices. C’est peut-être ça l’abstention créative. Ce n’est pas très courageux, mais c’est très politique, ce qui revient souvent au même, il faut bien le dire. » C’est malheureusement très clairvoyant…

Dans Les Echos, Cécile Philippe, de l’Institut Molinari, signe « Le cas du Roundup ou la démocratie trompeuse d’internet ». Elle analyse le débat autour du glyphosate à la lumière de La démocratie des crédules de Gérald Bronner : « Le cas du glyphosate semble ainsi exemplaire de ce que décrit Gérald Bronner, à savoir que des rumeurs qui autrefois restaient confinées à de petits groupes, peuvent maintenant prendre de l’ampleur. […] Pour Bronner, ce que l’on trouve aujourd’hui sur les réseaux n’est pas représentatif de l’opinion publique, mais seulement de ceux qui s’y expriment le plus fort. […] Il est crucial que le monde scientifique, les intellectuels mais aussi les producteurs ou consommateurs prennent leurs responsabilités. Ce serait une erreur de baisser les bras et de laisser les discours alarmistes et anxiogènes proliférer, sur Internet ou dans les médias, en renonçant au travail de pédagogie des idées. »

Slate.fr publie « Glyphosate: quand la science n’est pas là, les lobbies dansent ». D’une certaine façon, Jean-Yves Nau y renvoie dos à dos les lobbies pro et anti glyphosate. Mais il constate qu’il n’y a « aucune voix consensuelle, non plus, pour expliquer, de manière posée, qu’une interdiction totale du glyphosate risque fort d’avoir des effets paradoxaux plus nuisibles pour l’environnement que le mal combattu ».
Pour lui l’UE est confronté à un « mal pernicieux qui dépasse le seul glyphosate. Ce mal résulte de l’absence d’articulation entre l’évaluation scientifique indépendante du risque sanitaire et la gestion politique de ce risque. »
Il conclut : « L’affrontement est ici d’autant plus violent que chaque camp sait qu’il n’existe pas de réel substitut chimique au glyphosate. La seule solution «non-chimique» dans la guerre aux mauvaises herbes est connue de longue date: il faut labourer la terre. Or, le faire de manière mécanique, c’est aussi altérer l’environnement via les tracteurs, les carburants, les gaz à effet de serre, les érosions des sols. Ne reste plus, dès lors, que la rotation des cultures, et in fine, le labour au cheval. De bien belles cartes postales ».

Sur son blog Simplement correct, Ariane Beldi écrit « Avaaz et la désinformation totale sur le glyphosate ». Elle y démonte dans le détail les approximations, les caricatures et la pseudo-science qui constituent le fond de la pétition en ligne qu’ils ont lancée. Elle conclut : « Il apparaît que l’activisme d’Avaaz se base avant tout sur une posture philosophique non-assumée, c’est-à-dire le rejet de l’agriculture moderne, qui s’incarnerait dans le glyphosate et Monsanto. Mais, il n’y a pas une once de fondement scientifique dans leurs assertions, lesquelles sont même parfois carrément des fabulations tirées d’on ne sait trop où. Et le problème, c’est que les militants regroupés autour de cette plateforme reconnaissent, même si ce n’est qu’à demi-mots, qu’ils n’ont pas vraiment de solutions de rechange, puisqu’ils la cherchent encore.
Ce n’est donc pas du tout ainsi que l’on pourra relever les défis posés par les problèmes de pollution et le réchauffement climatique. Au contraire, ce genre de politique mal avisée risque de nous faire perdre un temps et des ressources financières précieuses pour rien. »
Dans sa rubrique « Glané sur la toile », Seppi démonte, lui, le fonctionnement trouble d’avaaz, auto-proclamée « organisation non gouvernementale de cybermilitantisme », basée dans le Delaware aux USA. Il exprime des doutes raisonnables mais motivés sur la destination des fonds levés par eux.
Dans « Glyphosate : la Royal en manœuvres, l’Europe en rade ? », le même Seppi décrit le jeu politicien trouble (et très approximatif…) de Ségolène Royal,////§/§// et François Veillerette.

Christian Pèes, agriculteur et président d’Euralis, titre « Glyphosate: Sortons des postures politiciennes » et appelle, avec Coop de France, « le gouvernement  français, qui s’est abstenu le 6 juin, à soutenir le 23 juin la dernière proposition de la Commission en cohérence avec les stratégies nationales en matière d’agroécologie et de lutte contre le réchauffement climatique. La France qui s’apprête à fêter la nuit de l’agroécologie le 23 juin, ne peut, le même jour, donner un tel signe négatif à Bruxelles, en ne soutenant pas le prolongement, limité à 18 mois, d’un des outils de sa mise en œuvre. »

Enfin, nous mentionnerons « A tous ceux qui veulent bannir le glyphosate ! » par Frédéric Thomas de la revue TCS (Techniques Culturales Simplifiées). Son  « objectif est d’essayer de faire le point pour une fois avec l’angle « agriculteur » ». Il contient donc des aspects techniques concrets. Par exemple, s’il considère comme « possible » des dégâts éventuels du glyphosate sur  Aspergillus nidulans, un champignon du sol, il remarque pertinemment : « Mais que devient ce même champignon, mais aussi ses amis les vers de terre, les carabes et toute cette diversité d’activité biologique si l’on retourne et que l’on broie le sol par un travail intensif ? » Au contraire du tableau apocalyptique habituellement dressé, il constate : « Au quotidien [tous ceux qui pratiquent l’Agriculture de Conservation] constatent que leurs terres se portent mieux, que la vie se régénère dans leurs sols, que les écosystèmes périphériques en profitent et que l’eau est beaucoup plus propre et mieux gérée alors qu’ils continuent d’utiliser, même de manière réduite, des engrais, des produits phytos et même du glyphosate »
Sa conclusion est sur un terrain plus directement politique : « Bannir le glyphosate ne serait en fait qu’une grande victoire politique pour des petits groupes d’activistes, mais sans réel impact sur l’environnement avec même le risque d’une augmentation des consommations de phytos. […] Enfin, le dossier du glyphosate […] n’est malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres. Il est le reflet de la déliquescence de notre société où l’autorité est battue en brèche et où les institutions comme la science ont perdu beaucoup de crédit et de confiance. A l’explication claire et pragmatique qui devrait être de rigueur, on préfère ce théâtre politico-médiatique qui oppose et accentue les fractures plutôt que de fédérer.
En jouant avec l’écologie au quotidien sur nos fermes nous savons très bien que la vérité n’est pas dans les choix extrêmes mais dans des compromis habiles. Comme dans la nature et dans les champs, la diversité est nécessaire et c’est la clé de voute de la résilience. Cette notion de diversité est également applicable aux réflexions et opinions et si les extrêmes de toutes sortes sont importants comme indicateurs et clignotants, la gouvernance doit cependant rester à la majorité silencieuse qui doit « faire » au quotidien. »

Nos gouvernants devraient cesser de jouer avec le feu du jeu politicien et écouter un peu plus la voix de la raison et du terrain. Sans doute encore plus en ces temps de crise pour la décision politique qu’initie le Brexit…

1606AgricultureDeConservationTCS

Illustration commentée et détaillée en fin de l’article de TCS sur l’intérêt agronomique et environnemental du glyphosate

Pour aller plus loin :
« A lire et à écouter : La démocratie des crédules, Gérald Bronner »
« La bataille du Glyphosate (suite) »