A la Une, Divers, Veille sociétale

« Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur » ( ?)

07 Feb 2017

Sous ce titre, mais sans point d’interrogation, Bruno Parmentier, ancien directeur de l’ESA[1] d’Angers, actif dans l’Association pour l’AEI[2] commence par faire œuvre de pédagogie salutaire, mais termine par des sur-promesses « Ecophyto-compatibles » qui affaiblissent la portée de son propos…

Dans une première partie, il explique les raisons de l’emploi massif du glyphosate : « un coût faible, une bonne efficacité et une très grande souplesse d’utilisation ». Selon lui, il est devenu « un chiffon rouge pour les milieux écologistes » du fait de sa large utilisation. Mais il oublie de décrire les avantages environnementaux de son emploi, et quoiqu’en dise le CIRC[3] sa quasi-innocuité pour la santé humaine. Son propos va être alors : « comment faire sans ? »

Dans une deuxième partie intitulée « Petite histoire des mauvaises herbes et de leurs rapports aux paysans », Bruno Parmentier dresse un tableau historique bref, mais fort pertinent de quelques moyens employés par les humains au cours des âges pour limiter l’impact des adventices[4]. Le principal de ces moyens est le labour, qui a des inconvénients importants. Dans ces conditions nous dit-il « l’apparition des herbicides chimiques a été vécue comme une bénédiction. »

Dans une troisième partie intitulée « Affronter la complexité pour cultiver sans herbicides », il décrit et analyse un « ensemble de solutions complémentaires » pour faire face aux « interdictions à venir » : Les dérouter, les étouffer, les empoisonner autrement, les brûler ou les ébouillanter sélectivement, les faire manger par certains animaux, les enfouir durablement, ou les arracher sélectivement. Techniquement, la plupart des solutions proposées ont une efficacité reconnue, mais ayant des limites importantes.
De plus, il est vrai que la pression sociétale savamment attisée par certaines ONG environnementalistes jusqu-au-boutistes est hostile à l’utilisation des herbicides en général et du glyphosate en particulier. Il est donc utile, comme le fait Bruno Parmentier, d’en tenir compte dans la façon d’exposer la question de la protection des cultures contre les adventices, dans la façon de faire de la pédagogie. Mais, en tant qu’agronome, il est aussi de son devoir de souligner que « cultiver sans herbicides » n’est pas forcément meilleur pour l’environnement et la santé publique. Le glyphosate est quasi inoffensif pour la santé humaine. Et, à condition d’être employé raisonnablement, et intégré dans un ensemble de bonnes pratiques agronomiques, il est un des outils pour des techniques de culture sans labour, qui préservent les vers de terre et la vie de sol.

Limiter l’emploi des herbicides est possible. En réduire les inconvénients environnementaux et sanitaires est hautement souhaitable. Les connaissances accumulées et les nouvelles techniques permettent de rendre plus efficaces et moins pénibles certaines méthodes ancestrales et d’en développer de nouvelles.
Mais laisser croire comme l’indique le titre de cette troisième partie que l’on peut « cultiver sans herbicides » est une illusion complète.
Laisser croire que cultiver sans glyphosate serait en soi bon pour l’environnement et la santé publique est une erreur, et même, pour un agronome, une faute. C’est dommage, car l’ensemble de l’article vaut lecture.

[1] Ecole Supérieure d’Agriculture

[2] Agriculture Ecologiquement Intensive

[3] Centre International de Recherche sur le Cancer. Voir ici ou ici pour plus de précisions

[4] Les adventices sont les mauvaises herbes pour le commun des mortels. B Parmentier explique fort justement l’importance d’employer le terme adéquat.

Mise à jour du 13 février 2017 :
Un lecteur nous faire part du commentaire suivant (mise en gras par nos soins) :
« Vous dîtes que Bruno Parmentier est agronome (« en tant qu’agronome »).
Or , B.Parmentier est diplômé des Mines de Paris et n’a aucune formation en agriculture. S’il a été recruté à l’époque comme directeur du groupe ESA, c’est avant tout grace à sa proximité avec les médias.
Je l’ai côtoyé en tant qu’ancien élève et ai vite vu qu’il ne maitrisait absolument pas ses dossiers, par contre, avait un verbe et une prose efficaces. Le problème, c’est que son réseau parisien est très orienté idéologiquement (il n’y a qu’à voir les invités des « leçons inaugurales » (Laurence Tubiana, Patrick Viveret…). S’il est bon pédagogue, il passe rapidement dans le registre de la pensée magique dès qu’il exprime son ressenti personnel. Et là, cela devient très ennuyeux, surtout qu’il se targue d’être un « expert ». » Fin de citation.

Mise à jour du 27 mars 2017 :
Pour compléter notre article, nous conseillons la lecture de « Marre de la bobo-agronomie ! À propos de « Cultiver sans herbicides : un enjeu environnemental majeur » sur Atlantico » sur le blog de Seppi. Seppi y dénonce « un début d’article didactique…. […] suivi d’un catalogue de « solutions complémentaires » fort critiquable »
« Il est regrettable que ce catalogue qui mêle techniques éprouvées, solutions à l’avenir assuré comme les robots désherbeurs et inventions de Géo Trouvetou – sans compter le désherbage à la main (au XXIe siècle…) – pollue la partie didactique, qui aurait été fort utile en document autonome. »

1702ParmentierAgriculture