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Xylella fastidiosa : la grave responsabilité des idéologues du « naturel » et des complotistes

11 août 2017

Dans « Une grave crise phytosanitaire : Xylella fastidiosa » (en français, in English, en español), Christophe Bouchet, sur son blog CulturAgriculture, reprend l’essentiel d’un article  de José Miguel Mulet, universitaire espagnol. Il y « relate l’histoire véridique et édifiante de la propagation de l’une des pires crises sanitaires des plantes cultivées, probablement comparable à la crise du phylloxera sur la vigne au XIXème siècle. » La maladie est certes difficile à combattre. Mais les tenants du « naturel » et les complotistes de tout poil ont aussi une lourde responsabilité dans la propagationd e la maladie. Le constat est sévère, mais argumenté.

Xylella fastidiosa touche gravement les oliviers de la région des Pouilles en Italie. La maladie est quasiment hors de contrôle en Italie. Et elle commence à se disséminer dans le reste de l’Europe.

Le seul moyen efficace connu aujourd’hui de contenir l’épidémie est l’arrachage des plantes atteintes pour éviter la propagation à des plantes saines par des insectes vecteurs, principalement des cicadelles. Ce moyen est mis en œuvre dans le cadre du « plan Silletti » au niveau européen. La recherche scientifique de nouveaux moyens tourne essentiellement autour de la recherche de variétés d’oliviers résistantes à la maladie.

Rapidement après la découverte en 2013 des premiers oliviers touchés, « des groupes d’agriculteurs mettent en doute que la Xylella soit la cause de la maladie et s’opposent à l’abattage des arbres. […] Pendant ce temps les scientifiques déterminent que la cause de la maladie est une souche de Xylella très virulente importée par une plante ornementale en provenance du Costa Rica. En parallèle, l’opposition au plan Silletti se développe, orchestrée, bien sûr, par des groupements d’agriculture biologique et biodynamique (…). Ils suggèrent que la Xylella fait partie de l’écosystème et que la solution est de ne rien faire, pour qu’elle s’y intègre, et d’utiliser des fertilisants naturels ».

Puis l’opposition devient plus forte et convainc politiciens et juges. On finit même par accuser « les scientifiques d’avoir propagé intentionnellement la maladie » ( !) Un procès est intenté. « Le juge poursuivit donc le procès et ordonna une perquisition de l’Institut de Recherche qui avait lancé l’alerte, réquisitionnant les ordinateurs et le matériel de recherche, et freinant donc curieusement le travail des scientifiques les plus qualifiés pour lutter contre la maladie. »

Christophe Bouchet voit là « un cas tout à fait intéressant […] Il montre clairement les risques d’une idéologisation de la politique et de la justice en démocratie. C’est une évolution de plus en plus fréquente dans les pays les plus industrialisés, dans lesquels des groupes de tous poils développent des théories du complot, prennent le pouvoir par réseaux sociaux interposés et manipulent l’opinion par ce même biais. Il y est « tendance » de penser que la Science s’est vendue aux multinationales qui elles, cherchent à dominer le monde, à contrôler l’alimentation de la planète. Et si les autorités, qu’elles soient politique, policière ou judiciaire, ne savent pas faire la part des choses, on peut en arriver à des désastres aux dimensions effrayantes. »

Il conclut : « Qui rendra des comptes pour ces dégâts terribles ?
Qui est responsable de ce désastre devant la loi et devant la société civile ?
Et les coupables de la perte de contrôle de cette épidémie, qu’ils soient agriculteurs inconscients, militants écologistes, ou agriculteurs inconscients, politiciens ou juges, seront-ils punis pour ce crime ? »

Les idéologues du « naturel », les complotistes et tous ceux qui les confortent ou n’osent pas les contrer, portent une lourde responsabilité dans le désastre italien. Une honte !
Lisez l’intégralité de l’article de Christophe Bouchet pour bien en prendre la mesure.

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