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« Fraude et crise sanitaire : les deux fléaux de l’apiculture française » (Agriculture et Environnement)

06 Jan 2017

Sous ce titre, Agriculture et Environnement (A&E) détaille et surtout complète sa vidéo récemment mise en ligne (voir ici).

D’une part donc, il détaille le rapport officiel du ministère de l’agriculture sur les causes des mortalités d’abeilles. Maladies, parasites, manque de nourriture et mauvaises pratiques apicoles venant largement en tête. Bien devant les pesticides agricoles.
Nous avions déjà évoqué ce point ici.

D’autre part, et c’est ce qui fait l’intérêt spécifique de cet article d’A&E, il analyse plus généralement le « profond « malaise » apicole » de la France. Malaise lié à différents aspects :

– Une profession éclatée, désemparée : De nombreux producteurs se sentant hors « système » refusent ne serait-ce que de déclarer leurs ruches.

– L’échec apicole de Stéphane Le Foll. La production de miel stagne, voire baisse, malgré son plan d’action national.

– Une fraude généralisée : ajout de sirop, faux étiquetage ou origine masquée.

– L’incurie, voire l’incompétence des pouvoirs publics face à cette fraude.

Les professionnels sérieux de cette filière alarment en vain les pouvoirs publics sur ces aspects.

Un constat inquiétant, qui finira, on l’espère, par faire agir.

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Mise à jour du 09 janvier 2017 :

Pierre Guy, France Nature Environnement, nous a fait parvenir le commentaire suivant :
La mise en oeuvre des Cepp n’est pas évidente, mais procède d’une volonté réaffirmée de réduire l’usage des pesticides.
C’est une priorité réaffirmée de l’Etat que soutient Fne. l’augmentation constatée du Nodu n’est pas bon signe.
Le mal des abeilles a des causes multiples
Je ne vois pas pourquoi les apiculteurs utiliseraient mieux ou plus mal que les agriculteurs ou les éleveurs les pesticides et autres produits vétérinaires.
Le problème du « mal des abeilles » est un échec en terme de recherche, de génétique des abeilles et de cohabitation agriculture et apiculture; la production de miel en France a chuté de moitié !
Si j’écoute Axel Decourtye chercheur à Avignon le mal des abeilles vient certes après le Varroa, mais avant tout le reste. Henry Inra a montré et publié l’impact du thiamethoxam sur le retour des abeilles à la ruche. De nombreuses mortalités de ruches se présentent par des ruches vides et non par des mortalités.
De longue date il est établi que certains traitements de semences avec des produits systémiques et persistants sont nocifs pour les abeilles.
Il n’est pas question de mettre en cause tous les pesticides indifféremment , mais de remédier aux pratiques phytosanitaires les plus dangereuses pour les pollinisateurs.
Pierre Guy, FNE

Notre réponse :
Merci de votre message et de vos remarques.
1) Souhaitez-vous que nous mentionnons votre réaction sur le site de ForumPhyto en tant que commentaire ?
2) Il y a une raison particulière qui conduit les apiculteurs à, en général, plus de mauvaises pratiques que les agriculteurs : l’éclatement complet de la profession apicole
Même s’il ne s’agit pas bien sûr de mettre tous les apiculteurs dans le même sac
3) L’article de A&E que nous mentionnons a essentiellement l’intérêt d’analyser le malaise plus général de la profession apicole. Dans ce contexte, les pesticides (en particulier néonicotinoïdes) jouent un rôle de bouc-émissaire politique. Ce qui est fort dommageable non seulement à un dialogue sain entre parties prenantes, mais aussi à la santé des abeilles…
4) L’enquête de la DGAL nous parait digne de confiance et ne pas devoir être &cartée d’un revers de main

Réponse de Pierre Guy
Vous pouvez mentionner ma réaction.
Tous les néonicotinoïdes ne sont pas équivalents. La décision du parlement est surprenante car l’homologation des substances actives  est une compétence européenne et parce que les propriétés des néonicotinoïdes sont diverses.
Le phénomène des ruches vides est réel: cf observation de l’Opie.
L’enquête de la Dgal est, comme les recherches de Decourtye et de Henry (qui a présenté ses résultats il y a un an au colloque de Chizé).
Les apiculteurs n’ont pas confiance dans les Sral et refusent souvent de répondre aux enquêtes.
Le dialogue est difficile.
Bien à vous
Pierre Guy